Leila est née avant-hier, j’ai encore du mal à y croire. Elle est si grande et si petite à la fois.
Elle est née chez nous, et cet accouchement a été pour moi si fabuleusement intense que j’ai très envie de le raconter. Je me souviens d’avoir été très peu intéressée par les récits d’autres femmes avant, mais depuis que la petite graine a commencé à pousser en moi, j’ai ecouté d’une oreille curieuse et émue. Voici donc ce qu’il s’est passé hier. Les premières contractions ont commencé à 6h30, me réveillant doucement, avec l’impression que nous allions enfin rencontrer bébé. J’aurais douté un peu plus longtemps si la sage-femme n’avait anticipé cette date, ainsi que les copines. Cristiano et moi avons petit-déjeuné, les idées embrumées encore par le sommeil, mais excités a l’idée de l’événement qui se préparait. Puis vers 9h30 la doula est arrivée, j’étais encore tout sourire, sauf pendant les contractions ou je préférais partir dans ma bulle. Je marchais sans arrêt, apaisée par le mouvement. Puis les contractions devenant plus intenses, accroupie sur un fauteuil, la doula a commencé a me masser le bas du dos, ce qui semblait dissiper la douleur. Puis la sage-femme est arrivée. La maison était remplie comme un jour de fête. Au premier examen, quelques heures plus tard, la sage-femme a estimé la dilatation du col à 4-5 cm, ce qui m’a donné beaucoup de courage parce que peu de temps semblait s’etre écoulé depuis mon réveil et les contractions étaient encore tout à fait supportables. Elle m’a appris a attrapper la vague avec les mains et le souffle : serrer fort avec mes mains (un fauteuil, le bord du lit, les mains de Cristiano ou de la doula...) en inspirant et relacher toutes les tensions en expirant, elle a aussi parlé de montagne, la douleur montant en intensité, de l’amener en haut de la montagne et redescendre avec elle jusqu’en bas pour qu’elle soit vraiment partie. En y pensant aujourd’hui, ca me parait impossible de se détendre dans la douleur, et pourtant...hier c’était comme un exercice, une épreuve sportive. Entre chaque contraction c’était incroyable comme tout était calme. Je pouvais sourire, parler, bouger. La doula a fait couler un bain pour moi. Je crois que les contractions se sont brusquement intensifiées. Dans l’eau j’étais beaucoup plus détendue entre chaque contraction, mais devenues plus intenses, j’ai cru que le bain ne changeait rien. A la sortie je me suis aperçue du changement. J’ai commencé a avoir des tensions très intenses dans les reins, comme des brulûres que les massages soulageaient encore, mais devenues nettement plus inconfortables. J’ai commencé à changer de position, préférant « squatter » au bord du lit soutenue par Cristiano derrière moi. J’avais peur de lui faire mal en serrant trop fort ses mains et plus tard en étant assise devant lui le forçant à garder ses jambes en tension (ce qui les faisait tétaniser), j’ai cru qu’il ne tiendrait pas le coup... si c’est pas deplacé ce genre de pensées ! La sage-femme m’a examinée : dilatation du col à 9 cm. J’ai cru que c’était fini, j’ai cru que ca n’aurait pas vraiment été une épreuve si difficile, mais là je me suis trompée ! J’ai commencé à pousser pour me débarasser de la douleur, alors que la tête était encore derrière les os du pelvis (comment dit-on en Francais ?). Cette période a été très longue, la tête n’avançait que très lentement et la sage-femme a commencé à parler de situation critique, qu’il fallait que la tête passe dans les 2 ou 3 contractions suivantes ou qu’il faudrait aller à la clinique. A ce moment-là j’étais epuisée et la douleur ne partait pas entre les contractions, mais il n’était pas question de me mettre dans une voiture et aller a la clinique, cette idée m’enrageait. Je suis allée sur le lit, appuyée sur Cristiano. Les contractions ont changé, la douleur aussi. Il fallait maintenant que je « trouve mon son », je poussais des grognements, un peu comme au yoga pour faire sortir le souffle du bas du ventre. Puis la sage-femme a commencé a me donner des ordres, me disant que je devais devenir folle, que je devais lâcher le contrôle, pousser à travers la douleur car celle-ci ne partirait pas avant que la tete soit sortie, que si je continuais a chercher le contrôle, je n’y arriverais pas. Elle m’a dit de retenir mon souffle et pousser là ou elle m’indiquait que la tête se trouvait, à l’aide de ses doigts et me montrant avec un miroir. Je ne voyais rien mais au moins j’arrêtais de pousser dans ma tête. Les contractions sont devenues tres espacées, peu intenses, j’ai eu un peu de repos puis j’ai commencé à pousser vraiment. De retour en squatt au bord du lit pour stimuler les contractions, ça n’a pas aidé, je me suis encore plus fatiguée, alors je suis revenue sur le lit, appuyée sur Cristiano, les pieds appuyés sur les hanches de la doula d’un côté et la sage-femme de l’autre. J’ai donné tout ce que j’avais comme energie et plus encore. C’est comme si j ‘avais quitté mon corps pour être autour et lui donner de la force. Entre les contractions j’avais du répit et je pensais au bébé dès que je retrouvais mes esprits. Celà me donnait apparemment un air béat, avec un sourire qui semblait si improbable en ce moment-là que sage-femme et doula n’en revenaient pas. La tete a passé les os, a poussé contre mon perinée, la sage-femme m’a proposé de toucher la tête à l’intérieur, j’ai sursauté c’était incroyable. Incroyablement dur, mouillé, étranger à mon corps et tellement émouvant. A partir de là c’était presque facile, bébé était tout près. C’était facile de savoir où pousser, et facile de croire que c’était presque fini. En 2 contractions de plus la tête etait presque sortie, elle restait là sous ma main, j’étais émue aux larmes de la toucher, la caresser, il me semblait ainsi encourager notre bébé. Une contraction de plus et elle était dehors. La sage-femme l’a attrapée, lui a enlevé le cordon autour de son cou, elle était un peu bleue, puis j’ai poussé encore et le reste du corps et sorti, elle était si grande et si petite et j’etais si folle de joie de la rencontrer. Quelques secondes plus tard elle était sur ma peau, Cristiano nous entourant toutes les deux de ses bras. Nous sommes restés comme ca pendant plus d’une heure. Leila qui nous regardait avec des yeux qui dévoraient l’air entre nous, elle a tété longtemps, sans nous quitter des yeux. Elle gigotait, elle serrait nos doigts de sa si petite main. La sage-femme est revenue s’est occupée de ce qui se passait là en-bas, du placenta, de 3 petits points puis la doula a gardé Leila dans ses bras, rechauffée par une couverture, j’ai pris une douche et Cristiano est allé nous chercher a manger. Nous avons mangé tous les 5 ensembles et bu à la santé de notre princesse et de cette journée fabuleuse. Moi qui n’ai jamais couru de marathon ni pédalé contre le vent pendant 5h, j’ai du mal a croire que cet accouchement ait été plus difficile, et surtout de savoir que toute cette douleur, tout cet effort est pour rencontrer une merveille donne une motivation sans borne. Peut-être que tout aurait été aussi magique avec une péridurale, je ne saurai pas, en tout cas c’était possible sans. A la clinique je ne crois pas que j’aurais tenu le coup, mais a la maison je n’avais pas le choix et j’avais un soutien fantastique de la doula, la sage-femme et Cristiano. Il ont avoué ensuite avoir douté par moments, je n’en ai rien su pendant l’effort et leurs encouragements m’ont portée jusqu’au bout. Qu’est-ce que je suis heureuse d’avoir vecu ce jour-la !
Leila dort dans la pièce a côté, c’est un ange, une fée, une hirondelle, un soleil...